
Interview : EyeJack
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Publié le 21-07-08 par raphael
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Industrie musicale , Promotion
EyeJack est un des premiers groupes à avoir atteint les 70 000 euros sur le site MyMajorCompany, une plateforme de financement participatif.
Démarche artistique, contrats, ambitions : le duo a répondu à nos questions en toute simplicité.
Quelle a été votre date d’entrée sur MyMajorCompany ?
Cyrille : On y est depuis le début, le 21 décembre. C’était l’ouverture du site.
À partir de là, vous faisiez partie du label MMC ?
C : Oui.
Avant de rentrer sur MMC, vous aviez une approche professionnelle de la musique ?
C : On est professionnels dans la mesure où on ne fait que ça. Ilan était chanteur esseulé et moi j’étais compositeur esseulé.
Mon métier c’est d’être compositeur, j’ai été signé dans plusieurs boîtes d’édition. Je suis en contrat d’édition chez Sony. À force de trucs qui ne se sont jamais faits, j’ai eu envie de faire mon propre truc. Ca faisait pas mal de temps que je connaissais Ilan, on a rapproché nos deux univers et on a créé EyeJack. Ca fait un an et demi.
Ilan : J’étais signé avant en maison de disques en Angleterre, en signature artiste. Ca a duré très longtemps. C’était une vraie galère en major, ça s’est très mal passé. J’ai un peu décidé d’arrêter la musique professionnellement. C’est Cyrille qui m’a remis le pied à l’étrier. Ça fait un an et demi qu’on a commencé à bosser sur les titres. Quelques titres qui existaient déjà, et de nouveaux titres qu’on a bossés ensemble. On a commencé les scènes en novembre 2007. Le premier concert d’Eyejack c’était fin novembre.
Le concept de financement participatif vous a attiré pleinement ou s’agissait-il d’une piste parmi d’autres ?
I : Je trouvais que c’était une super idée. Ne serait-ce que parce que notre projet est en anglais. Un projet en anglais à dealer en France, c’est super dur.
Là on a un retour direct des gens qui aiment notre musique. S’ils aiment ils la produisent. Ca donne une certaine liberté au niveau artistique qu’on n’a pas forcément en major, de mon expérience. À l’époque, en major, on m’avait mis dans un mouvement qui ne me correspondait pas forcément.
Une fois qu’on a défini notre couleur, qu’elle nous plaisait à tous les deux, c’était la première fois qu’on avait envie de défendre comme ça un projet. Le présenter aux gens, et que ces gens décident d’investir si ça leur plait, c’est super stimulant !
C : Même si c’est un grand mot, il y a un peu l’idée de prendre une « revanche ». Il y a plein de directeurs artistiques de majors qui nous disaient « votre projet est super mais c’est typiquement ce qu’on ne signera jamais en France ». J’avais un peu tâté mon éditeur chez Sony. Il me disait « ouais, ouais c’est bien, mais je ne vois pas qui on va aller voir avec ça... ». Ce qui est sûr, c’est que le financement participatif nous apporte une vraie crédibilité. Ça prouve qu’il y a un public pour ça, que les gens sont prêts.
Comment avez-vous approché MMC ?
C : Il se trouve que Michaël Goldman qui est un des trois acteurs principaux de cette boîte est un ami, et surtout était mon premier éditeur. C'est-à-dire qu’avant de signer chez Sony, j’étais chez Bamago qui est sa boîte d’édition. C’est un contrat qui n’a jamais trop rien donné, si ce n’est l’achat d’une guitare avec la première avance. On s’est séparés à l’amiable, il m’a laissé partir chez Sony. On est restés en contact, je l’ai appelé il y a un an, et il me dit « j’ai un super projet, si tu as des projets de groupes, tu m’en parles ! ». On s’est rencontrés, avec Ilan on lui a fait écouter les titres et il a dit banco !
Quels sont les engagements une fois que vous entrez sur le site ?
C : Le seul point qu’on est censés respecter, et qu’on a tout à fait respecté d’ailleurs, est l’exclusivité de la mise en ligne, ne pas s’inscrire ailleurs.
I : Avant d’arriver aux 70 000 euros, c’est vraiment un contrat de mise en ligne que tu signes avec eux.
C : Tu t’engages à leur donner un préavis si tu te barres, et la durée du préavis change selon les tranches de financement. Tu t’engages aussi, si tu arrives à 70 000, à ce que ton album soit co-édité.
Une fois acceptés sur le site, est-ce qu’ils vous ont dirigés sur l’artistique, la promotion, etc. ?
C : Ils ne l’ont pas trop fait dans la mesure où on le faisait déjà pas mal. On a eu pas mal de concerts. Et puis c’était le début, je pense qu’ils avaient pas mal de trucs à gérer en même temps. Ils n’ont pas fait grand-chose mais on n’a pas eu à s’en plaindre [rires]
I : Aux débuts, ils faisaient surtout en sorte que le site soit connu. Il y a eu pas mal de presse, des émissions de télé. Grâce à ça on a eu une visibilité indirectement. De notre côté on faisait notre truc. Mais j’imagine que quand le site sera installé, quand les premiers albums seront sortis... Puis, pour les premiers projets, ils avaient fait un concert promotionnel, pour présenter les projets du site.
C : C’était les trois artistes qui étaient en tête. À cette époque là on était quatrième...
Vous avez été demander à des gens de vous financer sur MMC ?
C : Tu fais plusieurs choses. Tu appelles tes potes d’abord, tu envoies des e-mails...
I : On a fait un groupe sur Facebook.
C : Dans les concerts aussi. On avait fait des petits CD promo, avec trois titres et un petit flyer dedans, qui expliquait un peu le truc.
I : On a démarré le Myspace en décembre 2007, au même moment que MyMajor. On allait chercher les gens qui venaient écouter, qui nous laissaient des commentaires, en leur disant d’aller faire un petit tour sur MyMajor.
C : « Devenez nos producteurs, c’est vachement cool, vous allez devenir très riches » [rires].
Vous vous êtes autofinancés ?
Les deux : On n’a pas le droit !
Une fois les 70 000 euros atteints, comment se concrétise la signature ?
C : On se barre en Uruguay avec le pognon [rires]. Non en fait c’est un contrat, sûrement d’artiste, qu’on n’a pas encore signé. Je ne suis pas encore très au parfum, mais en gros c’est une licence de distribution chez Warner. C’est financé par les 70 000 euros des internautes, et les co-éditeurs, c'est-à-dire Bamago et Sony Publishing, vont mettre une partie derrière.
I : On va avoir un rendez-vous la semaine prochaine pour voir ce qui arrive maintenant.
Dans la FAQ du site, il est expliqué qu’en fonction des artistes, les dépenses ne seront pas réparties de la même façon (studio, promo, etc.), on vous a parlé de comment vont être employés les 70 000 euros dans votre cas ?
C : Effectivement ça dépend de ce que tu fais. Par exemple il y a un artiste électronique : quand il arrivera à 70 000 euros, il aura 70 000 euros de promo, ou la moitié pour le clip et la moitié pour la promo. Dans la mesure où quoi qu’il arrivera il aura 2000 euros de master. Ses titres sont déjà produits. Avec les 70 000 t’es censé faire l’album et le clip. La promo étant dans ce que vont rajouter les co-éditeurs. Après, dans ces 70 000 tu fais un peu ce que tu veux. Si tu as dans tes potes un super réalisateur qui te fait le clip gratos, tu peux faire 70 000 euros de studio.
Vous avez donc toute liberté dans vos choix sur la répartition des dépenses ?
C : Chez MyMajorCompany, ils sont là pour nous guider. Pour nous dire « faites gaffe, il ne reste plus assez de pognon » !
I : Les trois qui ont monté le label sont quand même des pros de la musique. Ils vont forcément nous aiguiller. Je crois qu’on n’est pas trop prisonniers en tout cas [rires] !
Il y a un clip prévu, mais imaginons que vous en ayez besoin d’un deuxième, qui finance ?
C : S’il y a besoin d’un deuxième clip, ça veut dire que ça marche bien. À ce moment je pense qu’on n’aura pas trop de mal à trouver le budget.
Quels seront vos revenus ?
C : Ce qui est chouette dans le trio de MyMajorCompany, c’est que même s’ils étaient en maison de disques avant, ce sont des gens proches des artistes. Ils ont calculé leur modèle économique de telle manière à ce que ce ne soit pas des contrats à 5,5 %. C’est plutôt 10 %.
Ils vous ont demandé de mettre des morceaux spécifiques sur l’album ?
C : On a intégré le site avec une démo de 6 ou 7 titres. Tout le monde était à peu près d’accord sur ces titres. À moins que dans les trois mois qu’il nous reste, on ait vraiment dix éclairs de génie et qu’on ponde dix titres absolument fabuleux !
Parce que vous avez déjà une date d’enregistrement qui est prévue ?
C : En fait non, parce qu’on n’a toujours pas trouvé le réalisateur. Mais l’idée c’est qu’on soit en studio le 1er septembre.
Une fois le premier album et sa promo finis, que se passe-t-il pour un second album ? Il faudra retenter les 70 000 euros ?
C : Soit tu n’as pas forcément vendu énormément, par contre tu as une fanbase très solide, du coup ce n’est pas forcément con de repasser par le financement pour consolider le truc. Soit ça n’a pas du tout marché et tu fais autre chose. Soit ça a extrêmement bien marché, et là tu as plutôt intérêt à mettre toi-même les 70 000 euros et prendre ta part de producteur.
Vos multiples producteurs peuvent-ils influer sur le processus d’élaboration de l’album ?
C : On n’a pas forcément suffisamment joué sur le côté participatif, parce qu’on a pas eu le temps.
I : Je crois que c’est vraiment en train d’évoluer. Au début on devait avoir accès à notre espace VIP, les producteurs pouvaient y avoir accès. Dans cet espace VIP, nous décidions de ce qu’on y mettait : proposer des vidéos, des photos, des versions de chansons pas terminées. Mais on n’y avait pas accès, pour une question bêtement technique. On a eu les retours des producteurs, sur Myspace aussi, mais on ne leur a pas proposé encore tellement de choses. Au moment où on hésitera sur des titres, on pourra peut-être proposer. La pochette de l’album aussi...
C’est un fonctionnement sur lequel vous êtes partants ?
Les deux : Carrément, oui !
Que ne laisseriez-vous pas choisir à vos producteurs ?
I : On garde notre libre arbitre. On entend, on est prêts à recevoir les conseils des gens, c’est super important. Mais ça reste notre projet, une vision artistique qui reste la notre.
C : C’est plus sur des points sur lesquels on va vraiment hésiter. Une chanson où il y a deux possibilités d’arrangements, hyper orchestrée ou complètement dénudée. Les deux ont leur efficacité, les deux ont leur beauté différente, et tu ne sais sincèrement pas. Là ça vaut le coup de mettre en ligne et de faire un sondage. Si tu as 50-50 t’es pas plus avancé, mais si tu as 90-10 ça donne une indication.
Atteindre les 70 000 euros vous a apporté de la visibilité ?
I : Pas encore, mais c’était il y a 15 jours, c’est un peu tôt encore. Et puis régulièrement, depuis le mois de novembre, on a des concerts. Tant qu’il n’y a pas un tourneur derrière qui nous envoie faire le tour d’Europe, pour l’instant il n’y a pas de changement.
C : C’est ça qui est intéressant. Le regard des professionnels change. C’est un peu pour ça qu’on l’a fait et c’est ça qui est super agréable. Le directeur artistique qui nous disait « c’est vachement bien mais on ne signera jamais », il pensait tellement que ça ne signerait jamais qu’il n’écoutait que d’une oreille distraite. Maintenant c’est signé, ça va sortir, il va y avoir un album. L’éditeur qui a des billes dedans, il s’investit, il écoute les titres comme un vrai être humain [rires]. Il contacte des tourneurs, les tourneurs se rendent compte qu’il y a un public, du coup les tourneurs sont intéressés.
Quelle est la plus grosse somme qui ait été misée sur vous ?
C : 4500 euros. En fait il y en a deux, il y en a un à 4510 et l’autre à 4500.
I : 4510, c’est un inconnu absolu que nous remercions ! Les 4500 c’est une amie. Je crois qu’il y a eu huit ou neuf producteurs au dessus de 1000 euros. Mais il y a plein de petits producteurs.
Vous avez été approchés par d’autres maisons de disques qui voulaient essayer de vous récupérer ?
C : Non. Sachant qu’on est déjà signé...
I : Et puis c’est un concept auquel on croit vachement. Pour avoir fait l’expérience des majors tous les deux.
C : Pour nous faire re-signer en major, il va falloir qu’on gagne vraiment un gros chèque, on ne va pas y aller de bon cœur !
Les concerts sont-ils un axe de développement chez MyMajorCompany ?
I : Il y a des showcases qui vont être prévus surtout au début, pour les professionnels et les producteurs, pour faire connaître le projet. Tout ça, on n’en parlera au rendez-vous de mardi matin en fait !
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